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14 mai 2014 3 14 /05 /mai /2014 09:55

 

Mieux comprendre la fonction des outils de pierre utilisés il y a des milliers d'années par des hommes et des femmes de la préhistoire québécoise: c'est là le but que s'est fixé Jacques Chabot, le responsable du Laboratoire de recherche sur la pierre taillée. En 2012, il lançait un projet de recherche visant à constituer le premier référentiel expérimental tracéologique représentatif du nord-est de l'Amérique du Nord. Le vaste territoire étudié est compris entre l'État de New York et la Gaspésie au Québec.
«Nous examinons au microscope métallographique des outils que nous avons taillés dans la pierre, explique celui qui est aussi enseignant et directeur associé des programmes d'archéologie à l'Université. Avec ces outils, nous reproduisons l'usage qu'en faisaient les gens de la préhistoire. L'étude des traces d'usure nous aide à comprendre le rôle des outils de pierre dans la vie de ceux qui les ont fabriqués et utilisés.»
La tracéologie est une discipline liée à l'archéologie préhistorique. Jacques Chabot en est l'un des rares experts dans le monde et dirige l'un des deux laboratoires nord-américains spécialisés dans le domaine.
Dans un passé très lointain, les outils taillés dans la pierre servaient à travailler des matières telles que les os et les peaux d'animaux, les bois de cervidés, le bois et les végétaux. Des activités de rainurage, de découpe, de grattage ou de perforation, entre autres, produisaient des microtraces sur les outils de pierre.
La période préhistorique nord-américaine étudiée par les chercheurs québécois s'étend approximativement de l'an 9 000 avant Jésus-Christ aux premiers contacts avec les Européens au 16e siècle.
Le projet de Jacques Chabot est soutenu financièrement par le Programme d'appui au développement pédagogique de l'Université. La phase un visait à constituer une banque d'éclats de pierre. Celle-ci comprend actuellement 90 artéfacts représentant 10 types de roche. En 2012 et 2013, le laboratoire a fait prélever de nombreux blocs de pierre dans des carrières disséminées sur tout le territoire étudié. Ces roches font partie de la grande famille des cherts appalachiens. Depuis, on a enrichi la banque de 48 autres artéfacts. Ce sont des morceaux de quartzite du nord du Québec et d'obsidienne provenant de volcans d'Arménie, gracieuseté de travaux menés par Jacques Chabot dans ce pays.
«Nous sommes allés dans des carrières de pierre où nous savons que les hommes préhistoriques s'approvisionnaient, affirme-t-il. Nous y avons trouvé les matières premières utilisées jadis et qui sont présentes dans les collections archéologiques.»
Munsungun, Touladi ou Saint-Nicolas, le référentiel comprend six catégories de cherts. «Nous avons découvert que le Saint-Nicolas a un grain très fin et que le Touladi a un grain plus grossier, explique Jacques Chabot. Cette différence fait que les microtraces ne se développent pas de la même façon. Quant au Munsungun rouge, il contient du fer, ce qui nécessite plus de temps d'utilisation pour avoir un poli.»
L'équipe de recherche comprend une demi-douzaine d'étudiants, la plupart à la maîtrise en archéologie. Certains ont donné un coup de main dans la taille des éclats de pierre. Le choix des bons éclats s'est fait en pensant à ceux qu'un homme ou une femme préhistorique aurait pu choisir. «Les éclats, souligne l'assistante et chargée de cours Marie-Michelle Dionne, doivent bien tenir dans la main et présenter un bord résistant, coupant et assez régulier pour qu'il ait l'effet voulu sur la matière traitée. Ils doivent aussi être observables au microscope. Si le bord est trop accidenté, on aura de la difficulté à discerner les microtraces.»
Chacun des éclats choisis ne sert qu'à une seule activité, comme gratter une peau de castor ou rainurer un os animal. En tout, les expérimentateurs reproduisent neuf activités de survie caractéristiques de l'ère préhistorique. «Nous avons choisi, dit-elle, les mouvements les plus standards qui devaient être nécessaires pour faire de l'artisanat ou fabriquer des pointes de flèche, des hameçons ou des aiguilles.»
Le protocole d'expérimentation a pour but de bien documenter la dynamique d'usure. Les chercheurs chronomètrent cinq minutes de travail à la fois, ce qui est représentatif des gestes humains. Des photos à fort grossissement sont prises au microscope électronique après chaque séquence d'expérimentation. Au total, plus de 10 000 microphotos ont été captées à ce jour. Chaque éclat est utilisé par une seule personne pour réduire le degré de variabilité des gestes. En tout, un expérimentateur peut se servir du même outil de pierre pendant 60 à 90 minutes.
La constitution de ce référentiel aidera à mieux définir la préhistoire d'ici. «Le référentiel fera faire un grand pas en avant, affirme Marie-Michelle Dionne. Il permettra de comparer les outils de pierre de notre corpus à ceux que l'on trouve dans les collections d'artéfacts préhistoriques. L'analyse comparée permettra de mieux déterminer la provenance des microtraces sur ces artéfacts, donc la fonction de l'outil.»
Selon Jacques Chabot, ce projet, avec ses nouvelles collections sur la préhistoire d'ici, aura des retombées concrètes sur son enseignement, notamment le cours d'archéologie Analyse lithique qu'il donne à la session d'automne. «Mes cours spécialisés sont parmi les seuls au monde où, dès le baccalauréat, les étudiants sont initiés à la tracéologie.»

Traceologie.jpg                  Microtraces de creusage de rainures sur os, grossies 500 fois


Source utilisée : Journal de la communauté universitaire, université de Laval (Quebec)

Crédit image : Marie-Michelle Dionne

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Published by cro-magnon - dans News
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